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Perspectives

Protection de la vie privée : 10 conseils pour les juristes qui visent le sommet

Si vous gravitez dans la sphère de la protection de la vie privée au Canada, vous savez peut-être qui je suis. Mais je ne suis pas devenue du jour au lendemain coresponsable nationale du groupe Respect de la vie privée et protection des renseignements personnels du principal cabinet juridique du Canada. J’ai plutôt commencé ma carrière comme avocate spécialisée en technologies dans une entreprise en démarrage de Montréal. 

Au cours des dernières années, j’ai dirigé l’opération de recrutement d’avocats et avocates en protection de la vie privée de BLG et on m’a souvent demandé comment devenir juriste dans ce domaine en plein essor. Voici donc les 10 conseils qui, selon moi, vous mettront sur la voie de la réussite, que vous souhaitiez intégrer l’équipe de protection de la vie privée d’un grand cabinet juridique, devenir la personne-ressource en la matière au sein d’un petit cabinet ou agir à titre de conseiller dans une entreprise.

Conseil no 1 : Devenez un expert des technologies et tenez-vous au fait des tendances

En tant que juriste en protection de la vie privée, plus vous vous y connaîtrez en matière de technologie, plus vous serez utile à vos clients, tout particulièrement à leurs équipes responsables des technologies et des activités commerciales. 

Pour mettre les choses en perspective, rappelons que les innovations technologiques ont complètement bouleversé l’économie au cours des deux dernières décennies. Plus de la moitié des entreprises qui figuraient sur la liste du Fortune 500 en 2000 n’existent plus, principalement en raison de la révolution numérique. S’il fallait auparavant 20 ans à ces sociétés pour atteindre la valeur de 1 G$, de nos jours les entreprises du domaine numérique y parviennent en quatre ans

Nous avons la chance d’avoir à Montréal une équipe dont la plupart des membres possèdent une formation en droit de la technologie (en plus de Brad Freedman à Vancouver). Par exemple, Max Jarvie a déjà été gestionnaire de projets pour une entreprise technologique. Par conséquent, il peut maintenant échanger sur un pied d’égalité avec l’équipe technique d’un client; en outre, il poursuit sa spécialisation en technologie financière et en intelligence artificielle. Pour sa part, s’il n’était pas devenu avocat, Andy Nagy aurait opté pour une carrière comme développeur de logiciels. 

Conseil no 2 : Concentrez toute votre énergie sur la protection de la vie privée

Pour se distinguer du lot, les juristes en protection de la vie privée doivent se passionner pour leur sujet. Il vous faut donc une intarissable soif de connaissances dans ce domaine pour faciliter votre courbe d’apprentissage, effectuer des analyses comparatives, cerner les particularités de chaque client et demeurer au fait des récents développements tout comme de ce qui entre dans la mire des organismes de réglementation. Seule une passion indéfectible pour le sujet vous motivera à départager les notions de consentement selon les contextes, à déterminer si une pratique d’affaires est raisonnable, à cibler les renseignements véritablement nécessaires dans une situation donnée et à définir ce qui constitue des mesures de sécurité adéquates. 

Conseil no 3 : Cultivez votre créativité

La créativité est en chacun et chacune d’entre nous, bien que la définition souvent stricte de la chose puisse nous faire croire le contraire. Pour les bons juristes en protection de la vie privée, être créatif consiste à chercher la nouveauté sans relâche : nouvelles technologies ou pratiques d’affaires, nouvelles façons de faire connaître aux clients les risques auxquels ils s’exposent et leurs options en la matière, nouveaux outils de conformité, nouvelles façons d’envisager des problèmes auxquels personne ne s’est attaqué auparavant et nouvelles solutions pour atténuer les risques associés aux enjeux de protection de la vie privée.

Conseil no 4 : Trouvez votre sujet de prédilection

Trouver votre propre créneau dans l’environnement de la vie privée vous permettra d’aller loin. Certains et certaines d’entre nous ont travaillé dans le domaine de l’éducation, et d’autres en entreprise. Ensuite, il reste à choisir sa spécialisation en protection de la vie privée. 

Chez BLG, l’équipe de Montréal se consacre principalement aux services-conseils et aux efforts de conformité relatifs à la vie privée pour des clients du secteur privé. Dan Michaluk a opté pour les enjeux de vie privée en emploi, tout particulièrement en ce qui a trait aux besoins des organisations des secteurs public et de l’éducation. Eric Charleston, quant à lui, possède une expertise unique en cyberassurance, ce qui en fait le spécialiste à consulter en cas de brèche de sécurité. Grâce à leur expérience en litige, Dan et Eric ont une perspective unique sur la façon de gérer les incidents de cybersécurité, notamment en ce qui concerne le secret professionnel et la préservation des éléments de preuve. 

Une expérience en droit commercial s’avère utile quand vient le temps de composer avec des ententes complexes portant sur des technologies et les notions de vie privée et de cybersécurité associées aux transactions de F&A, dont le contrôle diligent des aspects liés à la protection de la vie privée, la préparation de représentations et de garanties et la connaissance des enjeux à gérer une fois la transaction conclue. Brad Freedman travaille à l’élaboration d’un service à ce chapitre.

Conseil no 5 : Soyez un véritable rat de bibliothèque

Les avocats et avocates sont rompus à la lecture, mais ils doivent l’être d’autant plus s’ils œuvrent sur la scène de la protection de la vie privée, où les nouvelles deviennent désuètes après quelques mois seulement. Les lecteurs avides restent bien au fait des nouveautés, qu’il soit question de technologies, d’outils professionnels, de tendances, de risques ou de développements juridiques, comme la quantité colossale de décisions et de guides publiés par les organismes de réglementation liés à la protection de la vie privée. 

Les bons juristes du domaine vont plus loin en partageant leurs connaissances. Certains d’entre nous tiennent des blogues traitant de divers champs du droit comme la protection de la vie privée, l’information et la cybersécurité (je vous invite à lire le blogue de Dan, le blogue de Brad et mon propre blogue), alors que d’autres ont publié des livres. J’ai d’ailleurs publié mon premier ouvrage au sujet de la protection de la vie privée sur Internet en 2003; Julie Gauthier a récemment fait paraître un livre traitant de données biométriques et Simon Du Perron, lui, portant sur les mégadonnées, l’intelligence artificielle et le droit à la vie privée. Tous les membres de l’équipe de la protection de la vie privée de BLG ont contribué de leur plume pour écrire un livre publié par LexisNexis qui traite des enjeux de vie privée associés à notre monde connecté.

Conseil no 6 : Misez sur vos études

Pour apprendre le métier de juriste en protection de la vie privée, rien ne vaut les études supérieures complémentaires. On y apprend l’importance d’entretenir notre curiosité, de tout remettre en question, de bien écrire ainsi que de lire rapidement et efficacement. 

Un tour d’horizon rapide de l’équipe BLG montre plusieurs parcours universitaires bien garnis. Pour ma part, j’ai une maîtrise en droit des technologies de l’information et un doctorat en droit de la protection de la vie privée. Elisa Henry, qui codirige le groupe avec moi, possède deux maîtrises. Max Jarvie, notre grand penseur, est titulaire d’un doctorat en philosophie. Plusieurs d’entre nous, comme Julie Gauthier, Anthony Hémond, François Joli-Coeur et Simon Du Perron, détiennent une maîtrise en droit des technologies de l’information ou de la protection de la vie privée, tandis que Daniel-Nicolas El Khoury a une maîtrise en administration des affaires. 

La majeure partie des avocats et avocates en protection de la vie privée (de même que certains associés et associées) ont obtenu la désignation de professionnel certifié de la confidentialité de l’information/Canada (CIPP/C) de l’IAPP, organisme qui tient un symposium annuel auquel nous nous faisons un point d’honneur d’assister. 

Les risques associés à la vie privée et à la cybersécurité constituent un souci grandissant pour les dirigeants et administrateurs qui souhaitent ajouter les volets de la protection de la vie privée et de la gestion des données aux facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance entrant dans leur cadre de présentation de rapports. Pour mieux comprendre leurs fonctions, leurs défis, leur processus décisionnel et leur nouvelle réalité, j’ai suivi l’an dernier la formation portant sur la gouvernance d’entreprise de l’Institut des administrateurs de sociétés.

Conseil no 7 : Renforcez vos compétences interpersonnelles

Les relations humaines sont au cœur des activités des juristes en protection de la vie privée. Comme ce volet du droit touche une multitude de domaines de pratique, nous collaborons notamment avec les équipes du cabinet œuvrant en droit commercial, en droit du travail de l’emploi, en services financiers, en litige et en droit de l’immobilier. De plus, nous travaillons étroitement avec les services juridiques et de la conformité de nos clients, tout comme avec leurs équipes responsables de la gestion des risques, du marketing, du contenu numérique, des ressources humaines, de l’approvisionnement, des TI et de la sécurité. Il va sans dire que nous devons fréquemment moduler notre approche puisqu’il nous faut nous assurer de comprendre leurs besoins et de communiquer adéquatement avec eux. 

Conseil no 8 : Adaptez vos communications à vos clients

Aujourd’hui, les clients ne veulent pas simplement savoir ce que disent les lois. Ainsi, à titre de spécialistes de la protection de la vie privée, nous devons pouvoir leur transmettre des recommandations taillées sur mesure, aux objectifs clairs et concis, faciles à comprendre et à mettre en œuvre, et fondées sur une solide compréhension du rapport risques/rendement. Nous procurons à nos clients des feuilles de route, des échéanciers et des critères de réussite, en plus de leur prodiguer des conseils pratiques et faciles à communiquer au conseil. De plus, nous offrons de la formation sur ce qui se profile à l’horizon, contribuons aux études d’impact relatives à la protection de la vie privée et organisons des exercices de table pour tester les plans d’intervention en cas d’atteinte à la sécurité. Nous sommes en outre des as des présentations PowerPoint. 

Conseil no 9 : Aiguisez votre sens des affaires 

En matière de protection de la privée, la question n’est pas tant de voir ce que dit « la loi », mais plutôt de savoir bien l’appliquer à des activités commerciales précises. Pour être un bon juriste dans ce domaine, il faut éviter les recommandations irréalistes, surtout pour ce qui touche la gestion des risques et la conformité. Il faut avoir une pensée stratégique, savoir conseiller les clients quant à leurs nouveaux produits et projets et leurs nouvelles pratiques et technologies, ainsi que sur leur manière de gérer une brèche de sécurité. Un certain nombre de nos juristes en protection de la vie privée ont travaillé pour des entreprises médiatiques, des compagnies aériennes, des aéroports, des fournisseurs de services nuagiques, des experts judiciaires en cybersécurité et des entreprises technologiques en démarrage – obtenant ainsi de l’expérience concrète leur permettant de comprendre en profondeur la portée des enjeux relatifs à la vie privée sur les activités quotidiennes d’une entreprise.

Conseil no 10 : Adoptez une perspective mondiale

Bien des entreprises ont des activités à l’échelle internationale; les avocats et avocates en protection de la vie privée doivent donc connaître les bases des lois étrangères pour être capables d’examiner dans leur ensemble les procédures et politiques portant sur le traitement des renseignements personnels. Posséder de l’expérience de portée mondiale est devenu incontournable. 

Chez BLG, Elisa Henry, membre du barreau de Paris, et Anthony Hémond peuvent conseiller les clients sur ce qui touche le Règlement général sur la protection des données (RGPD) de l’UE et les risques à l’échelle mondiale. Eric Charleston, qui a exercé aux États-Unis, et François Joli-Coeur, membre du barreau de la Californie, peuvent tous deux éclairer de manière nuancée les clients qui ont des activités au sud de la frontière.

Mot de la fin 

En conclusion, je ne m’attends évidemment pas à ce qu’un juriste de trois ans d’expérience ait d’emblée toutes ces cordes à son arc. Je vous recommande plutôt d’utiliser ces conseils pour considérer la prochaine étape de votre parcours. Cherchez les occasions d’enrichir votre expérience, de parfaire vos compétences technologiques, d’entretenir vos connaissances, de vous exposer à d’autres domaines de pratique, de cultiver votre passion pour la protection de la vie privée, de miser sur des solutions créatives, de solidifier vos aptitudes en communication et d’obtenir de l’expérience de portée mondiale. 

Vous serez en bonne compagnie. Après tout, bien peu de chefs de file canadiens en protection de la vie privée ont suivi un parcours linéaire, y compris moi-même. Évidemment, si vous avez déjà ce qu’il faut, gardez un œil sur notre site blg.com et restez à l’affût du prochain poste de juriste en protection de la vie privée que nous afficherons! BLG est toujours à la recherche d’avocats et avocates de talent pour bonifier son équipe nationale spécialisée en protection de la vie privée.  

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