une main qui tient une guitare

Perspectives

La COP26 et le financement de l’action climatique : la stratégie du secteur des services financiers

C’est le 31 octobre 2021 que s’ouvrira la 26e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26) à Glasgow, en Écosse.

Ce qu’il faut savoir

  • Les délégués des Nations Unies convergent vers le Royaume-Uni pour prendre part à la COP26, un sommet de deux semaines sur les changements climatiques. Le thème central sera le financement de la transition mondiale vers une économie sobre en carbone.
  • L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime qu’en date de 2019, les pays développés ont financé l’action climatique à hauteur de 79,8 G$ US. Le plan triennal de mise en œuvre du financement de la lutte contre les changements climatiques accuse à l’heure actuelle un retard de 20 G$ US.
  • Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et le Fonds monétaire international (FMI), l’atteinte de l’objectif de zéro émission nette de carbone d’ici 2050 nécessitera des investissements de 12 à 20 T$ US.
  • Les États et organismes intergouvernementaux exhortent les institutions financières à soutenir la transition en finançant l’action climatique.

Le financement de l’action climatique à la COP26

La COP26 a déclenché le « mécanisme de majoration » pour les signataires de l’Accord de Paris. Les pays membres publieront ainsi leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) révisées à la suite de la COP211.Le Canada a confirmé ses CDN et s’est également engagé à doubler sa contribution au financement international de la lutte contre les changements climatiques en la faisant passer à 5,3 G$ au cours des cinq prochaines années. Cet engagement comprend l’augmentation de la proportion des subventions gouvernementales de 30 à 40 %2.

Parmi d’autres initiatives de premier plan, le Canada continue d’agir comme fer de lance du Plan de mise en œuvre du financement de la lutte contre les changements climatiques, en collaboration avec l’Allemagne. Mais des défis se profilent à l’horizon. En effet, selon le rapport technique de l’OCDE, il faudra attendre 2023 avant que les pays développés atteignent leur cible de financement de l’action climatique fixée pour 2020, qui était de 100 G$ US.3 En 2019, leur contribution s’établissait à seulement 79,8 G$ US4.

Au moins 125 pays, dont la moitié des 38 pays membres de l’OCDE, se sont fixé des objectifs de zéro émission nette d’ici 2050, sous une forme ou une autre. Sur la base de ces engagements et initiatives, le Programme des Nations Unies pour l’environnement a annoncé, quelques jours avant la COP26, que la planète se réchaufferait de 2,7 °C si les objectifs nationaux actuels devaient être adoptés et respectés5.

Alors, comment rattraper le retard?

Un manque à gagner du côté des capitaux privés

On estime que des investissements mondiaux supplémentaires représentant entre 0,6 et 1,0 % du produit intérieur brut mondial devront être injectés dans l’économie au cours des 20 prochaines années (soit entre 12 et 20 T$ US) pour réduire à zéro les émissions de carbone à l’échelle planétaire d’ici 2050.6 Le tout nouveau groupe de travail sur l’accès au financement climatique (Taskforce on Access to Climate Finance) a le mandat de transformer et de faire croître le financement public de l’action climatique7.

Les États membres du groupe de travail discuteront de méthodes et d’outils à déployer pour encourager le secteur privé à investir dans des pratiques commerciales durables. Gouvernements et banques multilatérales de développement ont pris les devants pour combler les lacunes et corriger les erreurs d’évaluation sur le marché, mais les institutions financières devront délier les cordons de leurs bourses pour financer – et garder vivante – une économie sobre en carbone : c’est ce qu’on appelle le financement de l’action climatique.

Qu’est-ce que le financement de l’action climatique?

Par « financement de l’action climatique », on entend le déploiement d’instruments financiers qui soutiennent des activités de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation aux changements climatiques. Pour financer la transition vers la carboneutralité, il faut :

  • augmenter la part des investissements sobres en carbone;
  • faciliter la transition des industries à forte intensité carbonique.

Le financement de l’action climatique

Comment ça fonctionne? En voici quelques exemples :

  • Émission d’obligations vertes par une banque commerciale pour financer les facilités de crédit à terme ou renouvelables d’un emprunteur qui adapte ses façons de faire pour atténuer les risques liés à la transition révélés par une évaluation interne.
  • Achat d’obligations vertes par suite d’une résolution des actionnaires ou à l’initiative d’une équipe de direction soucieuse des facteurs ESG.
  • Émission de titres de créance par une société pour financer l’achat de crédits carbone sur le marché national ou à l’étranger, ainsi que d’autres stratégies relatives au climat autorisées aux termes des documents de prêt existants.
  • Réduction des risques par une banque commerciale qui titrise des remboursements de prêts adossés à certains actifs d’une société ou à ses flux de trésorerie projetés.
  • Subventions offertes par un gouvernement ou une banque de développement, basées sur l’émission d’obligations vertes souveraines ou d’obligations classiques équivalentes.
  • Banque commerciale qui offre une tarification privilégiée et un assouplissement des clauses restrictives aux clients qui respectent certains engagements ou ratios.
  • Banque commerciale qui embauche et forme des employés responsables de la structuration du développement durable, pour vérifier la validité des certificats de conformité des sociétés emprunteuses.

Comment les institutions financières peuvent-elles évaluer les occasions de financement de l’action climatique?

Le besoin de financer l’action climatique par des capitaux privés est évident, tout comme celui de créer des occasions alléchantes. Comme nous l’avons mentionné dans un récent article de BLG sur la création du groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques, les institutions financières veulent des données à jour et standardisées. C’est ce qui leur permet de consentir des capitaux à des organisations en mesure d’opérer un réel changement.

Un plan de transition crédible qui peut être suivi et réévalué est un incontournable. La clé du succès? Comprendre l’interaction entre certains types de risques et les indicateurs de rendement clés d’une entreprise. Si elles peuvent se fier à des renseignements fiables, les institutions financières sont en mesure de créer des plans financiers qui tracent une ligne entre meneurs et retardataires. Avec cette information, elles peuvent tirer parti de leurs relations existantes plutôt que d’avoir à liquider des placements pour réorienter leurs portefeuilles.

En l’absence de déclarations obligatoires, les institutions financières doivent à tout le moins tenir compte de ce qui suit lorsqu’elles évaluent une occasion de financement climatique8 :

  • Si l’entreprise a établi une cible de zéro émission nette couvrant les émissions de niveau 1, 2 et 3, ainsi que des objectifs à court et moyen terme pour suivre les progrès;
  • La rigueur du plan de l’entreprise : bon équilibre entre la réduction des émissions et les compensations pour le secteur, tarification dynamique du carbone à l’interne, investissements et dépenses en immobilisations arrimés à la COP26.
  • La structure de gouvernance, notamment si le conseil d’administration exerce une bonne surveillance et le lien entre l’atteinte de jalons et la rémunération des dirigeants;
  • Si les déclarations relatives au climat et l’évaluation des risques sont conformes aux recommandations du groupe de travail.

Quelles sont les prochaines étapes pour le marché du capital d’investissement?

Dans l’ensemble, les institutions financières doivent mettre en place des cadres internes pour :

  1. évaluer la crédibilité des plans de transition des entreprises faisant partie de leurs portefeuilles et des nouveaux clients;
  2. mesurer les progrès de leurs portefeuilles dans le contexte de la transition des marchés vers une économie sobre en carbone.

Comme point de départ, on recommande aux banques commerciales de passer leurs portefeuilles en revue et d’amorcer un dialogue avec leurs clients. Le groupe Enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance de BLG a les ressources nécessaires pour alimenter ces discussions.

Plus le marché du financement de l’action climatique et des technologies connexes gagnera en maturité, plus le bassin d’occasions s’élargira.  Il existe des ressources libres d’accès pour alimenter la réflexion des organisations qui souhaitent renforcer leur compétitivité pendant la transition.9 De plus, des groupes de réflexion affinent sans cesse des stratégies destinées aux institutions financières et aux entreprises de divers secteurs, pour aider les dirigeants à mettre en place des politiques et protocoles internes à faible coût.

S’ils placent bien leurs pions, les investisseurs privés et les sociétés dans lesquelles ils investissent pourront non seulement atténuer les conséquences des changements climatiques, mais aussi renforcer leur avantage concurrentiel.

BLG à la COP26

On le sait : partout, la demande de capitaux privés est criante. Les idées ne manqueront pas à la COP26, mais les institutions financières seront-elles aussi ouvertes que l’espèrent les délégués du sommet? Cela reste à voir. BLG sera présent à la COP26 et tiendra le secteur des services financiers au courant des importants développements.

Pour en savoir plus sur ces mises à jour et les conséquences et occasions qu’elles représentent pour votre organisation, veuillez communiquer avec l’un des auteurs ou l’une des personnes-ressources ci-dessous.


1 Paragraphe 4(4) de l’Accord de Paris.

2 Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (R.-U.) 2021, COP26 Presidency Compilation of 2021-2025 Climate Finance Commitments (octobre 2021), consultation en ligne.

3 Rapport sur la stabilité financière dans le monde, Fonds monétaire international, « COVID-19, Crypto, and Climate : Navigating Challenging Transitions » (octobre 2021).

4 OCDE, Scénarios prospectifs du financement climatique fourni et mobilisé par les pays développés en 2021-2025 (octobre 2021)

5 Programme des Nations Unies pour l’environnement, communiqué de presse du 26 octobre 2021, consultation en ligne.

6 Voir la note 3 plus haut.

7 Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (R.-U.) 2021, Taskforce on Access to Climate Finance : Revised Concept Note, consultation en ligne.

8 Mark Carney, envoyé spécial de l’ONU pour le financement de l’action climatique et conseiller financier du premier ministre à la COP26, Building a Private Finance System For Net Zero (octobre 2021), accès en ligne.

9 Citons par exemple les rapports de l’initiative Science Based Targets, les ressources sectorielles mises au point par le Mission Possible Partnership, le guide 1.5°C Business Playbook de l’initiative Exponential Roadmap, le Lender’s Handbook on Green Home Retrofit and Technologies, le guide Best Practices Guide to Sustainability Linked Leveraged Loans de laLoan Market Association, le guide Measuring Portfolio Alignment de Portfolio Alignment Team, et le manuel Climate Transition Finance Handbook de l’International Capital Markets Association.

Principaux contacts