Foule de gens interconnectés

Nos étoiles : Un entretien avec Noëlle Caloren, Laboratoires Nucléaires Canadiens

HeadshotAprès 22 ans d’exercice en cabinet privé, Noëlle Caloren a fait le grand saut vers le secteur nucléaire. Sa carrière fait la preuve de la valeur et de la pérennité du réseau BLG. Noëlle Caloren, maintenant conseillère juridique principale en droit du travail et de l’emploi chez Laboratoires Nucléaires Canadiens (LNC), s’est entretenue avec Larry Elliot, associé directeur régional du bureau d’Ottawa de BLG, pour parler de la culture de sûreté dans le secteur nucléaire, de récentes victoires devant la Cour suprême et de l’omniprésence de BLG.

Nucléaire : un milieu où règne une forte culture de sûreté et de conformité

Larry Elliot (LE) : Tu as travaillé chez BLG pendant 22 ans avant de te joindre à LNC en 2017. Qu’est-ce qui t’a le plus surprise du secteur nucléaire?

Noëlle Caloren (NC) : Ce qui m’a surtout frappée, c’est l’importance capitale accordée à la sécurité. Elle est constamment au premier plan, et définit les méthodes de travail. Le premier point à l’ordre du jour de chaque réunion est consacré à la sécurité afin de bien faire comprendre à tout le monde qu’il s’agit d’une priorité. La sécurité fait d’ailleurs partie intégrante de la culture de toutes les centrales nucléaires au Canada : si j’oublie de tenir la rampe en descendant l’escalier, par exemple, je peux m’attendre à ce qu’on m’avertisse de faire attention. Il faut dire que la Commission canadienne de sûreté nucléaire est aussi très stricte dans sa réglementation.

LE : C’est un changement d’environnement majeur! En t’adaptant à cette nouvelle culture, quelles compétences opérationnelles acquises chez BLG t’ont aidée à assumer tes fonctions actuelles?

NC : Je ne crois pas que j’aurais été la bonne personne pour ce poste sans mon expérience chez BLG et la structure dans laquelle j’ai évolué pendant 22 ans. Je n’ai aucun doute là-dessus. Il fallait absolument une personne chevronnée.

Ma connaissance du fonctionnement d’un cabinet juridique et de toutes les exigences liées à la gestion d’une pratique m’a été très utile, d’autant que je n’avais pas accès au personnel de soutien dont je bénéficiais chez BLG lorsque je suis arrivée chez LNC.

J’ai vite appris qu’il est essentiel de parer à toute éventualité et d’avoir un bon sens de l’organisation. Il faut aussi se montrer à l’écoute, car les juristes d’entreprise font souvent face à des imprévus et il est important de rester accessible. C’est la nature du poste. Les gens doivent pouvoir vous consulter dès que des problèmes surviennent, avant qu’ils ne s’aggravent.

LE : Le personnel de LNC est majoritairement syndiqué et est réparti dans plusieurs installations. Comment gères-tu cette complexité au quotidien?

NC : À l’heure actuelle, nous employons environ 4 500 personnes, dont à peu près les deux tiers font partie d’un syndicat. La composition de nos effectifs est très variée : il y a d’une part les manœuvres et les gens de métier, et d’autre part les ingénieurs et les scientifiques qui se concentrent sur la recherche et le développement. Effectivement, notre taux de syndicalisation est particulièrement élevé.

LNC est une entité privée, mais notre contrat avec Énergie atomique du Canada limitée fait en sorte que notre travail revêt, en quelque sorte, un caractère quasi public. Les activités de LNC sont soumises à une réglementation très stricte et font donc l’objet d’une surveillance étroite. Chaque jour est une aventure en soi.

LE : Compte tenu de l’univers dans lequel tu gravites, quel a été le défi juridique le plus passionnant que tu aies eu à relever depuis que tu travailles en entreprise?

NC : À mon arrivée chez LNC, un dossier hors de l’ordinaire impliquant la Commission canadienne de sûreté nucléaire m’attendait. La CCSN travaillait à l’élaboration d’un document imposant aux quatre installations nucléaires de catégorie I du Canada de réglementer l’aptitude au travail de leurs membres du personnel par le dépistage de drogues et d’alcool de manière aléatoire et avant les affectations. Il s’agit d’une pratique hautement controversée sur le plan juridique et du droit à la vie privée.

Les centrales ont conjointement décidé d’adopter une politique commune prévoyant notamment ces tests pour les personnes qui occupent des postes essentiels sur le plan de la sûreté et exigeant que les installations de catégorie I disposent en tout temps d’une force d’intervention nucléaire interne composée de gardes armés.

Les syndicats concernés ont immédiatement déposé des griefs. Ils se sont regroupés pour emprunter la voie judiciaire, prêts à aller jusqu’en Cour suprême. Nous avons défendu le régime proposé par la CCSN et avons obtenu gain de cause à tous les niveaux, tant devant la Cour fédérale que devant la Cour d’appel fédérale. Les syndicats, quant à eux, n’ont pas réussi à aller plus loin que leur demande d’autorisation d’appel devant la Cour suprême.

Cette saga a duré neuf ans. Au bout du compte, les tribunaux ont conclu que le dépistage aléatoire était justifié dans ce contexte particulier, étant donné la gravité des conséquences. Le secteur nucléaire est un environnement de travail que j’appellerais « ultra-sensible ».

La prochaine frontière juridique et la puissance du réseau BLG

LE : Un parcours de neuf ans jusqu’à la Cour suprême, avec gain de cause à chaque étape, quelle victoire! Dans un autre ordre d’idées, la législation a beaucoup évolué au cours de ta carrière. Quel est, selon toi, le prochain grand défi à l’horizon en droit du travail et de l’emploi?

NC : La santé mentale et la sécurité psychologique sont assurément des sujets chauds. Et, bien sûr, l’IA. Je peux vous assurer que les personnes qui se représentent elles-mêmes et utilisent l’IA pour préparer leurs demandes à des tribunaux administratifs, par exemple, obtiendront des résultats bien meilleurs que ce qu’elles auraient pu faire seules. C’est préoccupant, parce que ça peut générer une trop grande confiance.

LE : L’IA qui enhardit les gens à se représenter eux-mêmes : c’est une image frappante qui devrait tous et toutes nous inquiéter. Avant de terminer, j’aimerais revenir là où tout a commencé. Parmi les personnes que tu as côtoyées chez BLG, qui a eu l’influence la plus durable sur toi? Ton expérience au cabinet transparaît-elle encore aujourd’hui dans ton travail?

NC : Pendant mes études en droit, je travaillais comme interprète judiciaire. J’assistais entre autres à des interrogatoires préalables, dont un particulièrement marquant mené par Bryan Carroll, associé chez Scott & Aylen à l’époque. J’ai été tellement impressionnée que j’ai immédiatement su que je voulais faire mon stage à son cabinet. J’ai été embauchée chez Scott & Aylen, qui est plus tard devenu BLG, et j’ai même eu la chance de travailler de près avec Bryan.

Je dirais donc que son nom est celui qui me vient tout de suite à l’esprit. Je tiens par contre à préciser que j’ai appris de chaque personne que j’ai côtoyée chez Scott & Aylen et BLG. C’était l’endroit idéal pour apprendre les ficelles du métier et parfaire mes compétences.

Il n’y a pas si longtemps, en faisant des recherches, je suis tombée sur une affaire chapeautée par d’anciens collègues de BLG. Cet heureux hasard m’a confirmé que j’étais sur la bonne voie. BLG est partout!

Les relations nouées chez BLG ne prennent pas fin lorsque vous quittez le cabinet. Que vous soyez un·e ex-membre souhaitant garder le lien ou que vous vouliez simplement en savoir plus sur notre communauté, rendez-vous ici pour découvrir le réseau des anciens et anciennes de BLG.