Le 5 février 2026, Ottawa a annoncé sa stratégie automobile visant à protéger l’industrie intérieure, à accélérer l’électrification des transports et à consolider la place du Canada dans la chaîne d’approvisionnement nord-américaine et mondiale. Cette nouvelle touchera particulièrement les fabricants d’équipement d’origine (FEO) et de batteries, les fournisseurs, les investisseurs et les développeurs de technologies connectées et autonomes du pays.
1. Investissement majeur du fédéral pour stimuler l’industrie des véhicules électriques et de la fabrication de pointe
Le Canada injectera dans le secteur automobile jusqu’à 3 G$ puisés dans le Fonds de réponse stratégique et 100 M$ provenant de l’Initiative régionale de réponse tarifaire. Cette enveloppe servira à accélérer l’assemblage de véhicules électriques (VE), l’automatisation, le développement de la technologie entourant les batteries et la production de pièces de pointe, ce qui est de bon augure pour les fournisseurs canadiens et les biens et services produits au pays.
Les fabricants profiteront aussi d’un élargissement des avantages fiscaux qui leur sont accordés : superdéduction du montant de leurs investissements, crédits d’impôt pour réduire les coûts de la machinerie nécessaire à la fabrication ou à la transformation de technologies propres (les VE et les batteries, par exemple) et incitatifs fiscaux et mesures de financement pour soutenir l’exploration et la production de minéraux critiques. Ils pourront en outre compter sur des sommes supplémentaires en intelligence artificielle.
2. Taux d’adoption des VE et rationalisation des politiques de réduction des émissions
Ottawa abrogera la Norme sur la disponibilité des véhicules électriques et instaurera des normes plus strictes pour les années-modèles 2027 à 2032 afin de réduire les émissions de manière technologiquement neutre. Celles-ci viseront un taux d’adoption des VE de 75 % d’ici 2035 et de 90 % d’ici 2040, une cible ambitieuse.
L’abandon de l’objectif initial, qui était que 100 % des véhicules vendus d’ici 2035 soient à zéro émission, réduit considérablement le fardeau réglementaire qui pesait sur les constructeurs canadiens, bien que les nouvelles normes continueront d’augmenter le volume de production.
3. Nouveau programme quinquennal d’abordabilité des VE
Depuis le 16 février 2026, des subventions allant jusqu’à 5 000 $ pour l’achat de véhicules électriques (et 2 500 $ pour les hybrides rechargeables) sont offertes, tant que le prix de la voiture n’excède pas 50 000 $. Les modèles au Canada ne seront pas touchés par ce plafond afin de donner un avantage concurrentiel à l’industrie intérieure. Ces incitatifs seront limités aux véhicules soit fabriqués ici, soit importés de pays avec lesquels le Canada a conclu un accord de libre-échange. Compte tenu de ses limites actuelles et de son incidence potentielle sur nos partenaires commerciaux non américains, il est probable que ce régime fasse l’objet de nouvelles discussions.
4. Stratégie nationale pour les infrastructures de recharge
Un budget de 1,5 G$ sera alloué au développement d’un réseau de recharge fiable pour renforcer la confiance des acheteurs potentiels de VE. La stratégie consistera à attirer le capital-investissement, à réduire les obstacles, à préparer les bâtiments aux VE et à former la main-d’œuvre.
5. Mesures commerciales visant à renforcer la production canadienne
Le Canada lancera des consultations publiques sur un nouveau cadre de remise des droits pour le secteur automobile, qui prévoie un système de crédits à l’importation négociables récompensant les entreprises qui maintiennent ou augmentent leur production au Canada. L’objectif sera de déterminer les meilleurs moyens de renforcer la production nationale, d’attirer de nouveaux investissements et d’améliorer la compétitivité à long terme de notre industrie.
Les contre-mesures tarifaires appliquées aux véhicules américains non conformes à l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) resteront en vigueur jusqu’à ce que l’équilibre commercial soit rétabli.
6. Stabilisation et formation de la main-d’œuvre
Une nouvelle alliance pour la main-d’œuvre dans le secteur de la fabrication de pointe, un accès élargi au programme de partage du travail et de nouveaux assouplissements au régime d’assurance-emploi aideront les employeurs du secteur automobile à conserver leur personnel et à le former pendant que la transition de l’industrie s’effectue.
Ce que les acteurs du secteur automobile canadien doivent retenir
Le gouvernement canadien souhaite ardemment diversifier ses partenaires commerciaux et préparer son secteur automobile à l’électrification des transports. Dans son annonce, il abaisse d’une main les objectifs ambitieux qu’il s’était fixés en matière de vente de VE en misant sur une adoption plus graduelle. De l’autre, il réinstaure son programme de subventions pour encourager les consommateurs à se procurer de telles voitures.
Parallèlement, le fédéral accroîtra ses investissements dans l’industrie ainsi que dans l’exploration et la production de minéraux critiques nécessaires à la fabrication de VE.
Les mesures qui restent à prendre pour assurer la compétitivité à long terme du secteur automobile intérieur mériteront d’être suivies de près, particulièrement à l’approche de la renégociation de l’ACEUM.
Des consultations publiques auront lieu sur des questions telles que les récompenses accordées pour l’utilisation de matériaux canadiens dans les véhicules fabriqués ici, ainsi que les moyens d’encourager tant les investissements dans des technologies nécessaires à la production de véhicules électriques et avancés que la production en elle-même. Les FEO canadiens auront probablement avantage à participer à ces consultations.