Le Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques du Québec 2026-2050 (PGIRE) constitue le premier cadre québécois de planification intégrée à long terme des ressources énergétiques. Il s’inscrit dans un processus législatif, réglementaire et consultatif amorcé en 2024-2025 et vise à opérationnaliser le nouveau mandat gouvernemental de coordination de la politique énergétique, de la planification du système énergétique et des objectifs de décarbonation au sein d’un même instrument de gouvernance.
Faits saillants
- Investissements additionnels totaux d’ici 2050 : environ 87 milliards de dollars (réels de 2024) pour réaliser la transition visée, notamment dans la production, le transport, la distribution, les bioénergies, l’hydrogène, les infrastructures liées au captage et au stockage du carbone, ainsi que l’efficacité et la flexibilité du côté de la demande.
- Nouvelles énergies renouvelables : près de 150 TWh d’ici 2050 (environ 100 TWh d’électricité et 50 TWh de bioénergies), auxquels s’ajoutent environ 50 TWh de gains d’efficacité énergétique en électricité afin de réduire les coûts du système et les pressions liées aux pointes de consommation.
- Trajectoire des approvisionnements électriques : environ 15 TWh d’ici 2030, 60 TWh d’ici 2040 et 100 TWh d’ici 2050 (Hydro-Québec), avec des portefeuilles diversifiés et une flexibilité accrue grâce au stockage et à la gestion de la demande.
- Développement de la capacité : de 12 à 16 GW d’éolien d’ici 2040 et de 21 à 25 GW d’ici 2050; de 1 à 3 GW de solaire d’ici 2040 et jusqu’à 5 GW d’ici 2050; rehaussements et modernisations hydroélectriques, ainsi que nouveaux complexes dont le cycle de développement est d’environ 15 ans.
- Pointe et flexibilité : besoin potentiel pouvant atteindre 22 GW de couverture additionnelle des périodes de pointe d’ici 2050, au moyen notamment de la biénergie, de la gestion de la demande, du stockage (y compris les centrales à réserve pompée et les parcs de batteries à l’échelle du réseau), du stockage derrière le compteur et, à mesure de sa maturité, de la recharge bidirectionnelle véhicule-réseau (V2G).
- Bioénergies : ajout cumulatif de 11 TWh d’ici 2030, d’environ 30 TWh d’ici 2040 et d’environ 50 TWh d’ici 2050; les bioénergies forestières visent à elles seules environ 18 à 20 TWh d’ici 2050.
- Hydrogène et gaz renouvelables : croissance mesurée d’ici 2050; les besoins en hydrogène pourraient atteindre environ 9 TWh; verdissement progressif du réseau gazier au moyen du gaz naturel renouvelable (GNR) et d’autres gaz de source renouvelable.
- Développement du réseau : plan de transport à long terme arrimé au plan d’approvisionnement du distributeur; Hydro-Québec signale l’ajout éventuel d’environ 1 000 km de nouvelles lignes et de cinq postes.
- Gouvernance et calendrier : Hydro-Québec et les distributeurs gaziers devront déposer des plans d’approvisionnement sur 10 à 15 ans compatibles avec le PGIRE; le mandat de la Régie de l’énergie inclut désormais expressément la réalisation d’une transition ordonnée, au meilleur coût, et la maximisation des bénéfices économiques, sociaux et environnementaux.
Le PGIRE du Québec : un aperçu
Le PGIRE découle directement de la Loi assurant la gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses dispositions législatives (projet de loi 69), adoptée le 7 juin 2025, qui exige formellement que le gouvernement établisse et mette en œuvre un plan énergétique intégré à long terme afin d’orienter les décisions relatives aux approvisionnements, à la demande et aux investissements dans l’ensemble des vecteurs énergétiques.
Cette loi a repositionné à la fois le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie et la Régie de l’énergie, en élargissant leurs mandats afin d’arrimer la fixation des tarifs, la planification des infrastructures et les décisions d’approvisionnement aux objectifs à long terme de transition énergétique.
Le PGIRE établit une feuille de route à long terme axée sur la sécurité énergétique, l’abordabilité et une transition ordonnée, appuyée par environ 87 milliards de dollars (en dollars de 2024) d’investissements additionnels d’ici 2050.
Le plan vise environ 150 TWh de nouvelles énergies renouvelables d’ici 2050 (approximativement deux tiers en électricité et un tiers en bioénergies), complétés par environ 50 TWh de gains d’efficacité énergétique en électricité. Hydro-Québec est chargée d’ajouter environ 100 TWh de nouveaux approvisionnements électriques d’ici 2050 (près de 295 TWh au total après efficacité énergétique), selon une séquence comportant des jalons intermédiaires en 2030 et 2040, de même que d’importants renforcements du réseau, des outils de stockage et des mesures de gestion des périodes de pointe.
Le plan prévoit également une expansion de l’éolien (jusqu’à 21 à 25 GW d’ici 2050), du solaire (jusqu’à 5 GW d’ici 2050), de nouveaux aménagements hydroélectriques (avec des délais de réalisation d’environ 15 ans), des options thermiques comme assurance pour le système, la croissance des bioénergies (environ 50 TWh d’ici 2050, dont 18 à 20 TWh de bioénergies forestières) et un développement mesuré de l’hydrogène et des gaz de source renouvelable.
La planification du transport et de la distribution doit être intégrée à des cycles de 15 ans, Hydro-Québec indiquant que le plan de transport pourrait entraîner, à terme, l’ajout d’environ 1 000 km de lignes de transport et de cinq nouveaux postes.
Ce que cela signifie pour les producteurs d’énergie (développeurs, producteurs indépendants, FEO, services publics, fournisseurs de stockage)
- Visibilité et ampleur du portefeuille de projets :
- Les cibles séquencées jusqu’en 2030, 2040 et 2050 pour la nouvelle électricité et les bioénergies offrent une visibilité sur les projets de grande envergure en éolien, solaire, réfection ou nouveaux aménagements hydroélectriques, ainsi qu’en stockage (batteries et centrale à réserve pompée).
- La montée en puissance de l’éolien et du solaire suppose des approvisionnements soutenus, des occasions de fabrication locale et des partenariats s’inscrivant dans les modèles de participation communautaire retenus par Hydro-Québec dans les récents appels d’offres éoliens.
- Réseau et raccordement :
- Le plan de transport sur 15 ans d’Hydro-Québec, arrimé à l’expansion des approvisionnements, y compris les ajouts prévus de lignes et de postes, laisse entrevoir des occasions continuelles en matière de raccordement et de renforcement du réseau.
- Les interconnexions avec les réseaux voisins (Ontario, Maritimes, Nord-Est des États-Unis) demeurent stratégiques pour les échanges saisonniers.
- Gaz et combustibles à faible intensité carbone : la croissance des gaz de source renouvelable (notamment le GNR) s’appuie sur les réseaux gaziers existants; la croissance de l’hydrogène et, lorsque justifiée, de réseaux de distribution dédiés offre des trajectoires de projets et des structures d’enlèvement pour la chaleur industrielle, la mobilité et les carburants synthétiques.
- Croissance des bioénergies : les cibles visant les bioénergies forestières et les autres bioénergies signalent une demande pour l’agrégation des intrants de biomasse, les installations de conversion, la logistique et les projets de cogénération; les jalons intermédiaires de 2030 et 2040 soutiennent un développement par étapes.
- Stockage et flexibilité : les besoins substantiels du système en couverture de pointe et en matière de flexibilité sous-tendent les exigences en stockage, en agrégation de la gestion de la demande, en actifs derrière le compteur, en réseaux et en projets pilotes de recharge bidirectionnelle véhicule-réseau appelés à prendre de l’ampleur.
Constats pratiques pour les producteurs d’énergie
- Se préparer à des appels d’offres multi-volets comportant des caractéristiques de participation communautaire.
- Élaborer des stratégies de contenu québécois et de chaîne d’approvisionnement liées aux plateformes de type PASQÉ (plateformes d’approvisionnement stratégique québécoise en électricité) et à la fabrication locale.
- Anticiper les exigences relatives aux permis et à l’acceptabilité sociale; une structuration précoce des partenariats municipaux et autochtones est essentielle. Les récents modèles d’appels d’offres éoliens ont formalisé des partenariats municipaux et autochtones afin de favoriser l’acceptabilité et le partage des bénéfices.
- Pour l’hydroélectricité et le transport, prévoir de longs délais de réalisation et des approbations par étapes; arrimer le chemin critique des projets aux cycles de planification de 15 ans.
Ce que cela signifie pour l’industrie et les grands consommateurs d’énergie (mines, métaux, chaîne de valeur des batteries, centres de données, manufacturiers, services)
- Accès à la capacité et séquençage :
- La confirmation que le Québec entend maintenir et renforcer son avantage stratégique lié à la production fiable d’une électricité propre et abordable pour les entreprises qui y exercent leurs activités. Cela renforce la confiance dans la fiabilité des hypothèses fondées sur l’électricité qui sous-tendent les investissements privés à long terme au Québec, ce qui est particulièrement important dans un contexte où se multiplient les outils réglementaires visant à promouvoir la production à faible intensité carbone et à pénaliser l’entrée, sur un territoire donné, de produits à forte intensité carbone (par exemple, en Europe).
- La disponibilité de l’énergie et la gestion des pointes de consommation sont centrales; l’électrification sera priorisée là où elle procure la plus grande valeur au système, tandis que des rôles transitoires pour le gaz et les gaz de source renouvelable subsisteront afin de gérer les pointes hivernales et les usages difficiles à électrifier.
- L’évolution tarifaire sous l’égide de la Régie de l’énergie pourrait se différencier selon les usages et les secteurs afin de refléter les coûts marginaux et les priorités de politique publique (comme l’illustrent déjà certains dossiers visant les centres de données et les usages liés aux chaînes de blocs).
- Priorité à l’efficacité :
- Des gains d’efficacité énergétique en électricité d’environ 50 TWh d’ici 2050 et des mesures ciblées d’efficacité gazière réduisent les besoins de raccordement, atténuent les charges liées aux périodes de pointe et peuvent accélérer les échéanciers de raccordement.
- Actions : adoption d’ISO 50001, contrôles avancés, récupération de chaleur résiduelle, participation à la gestion de la demande et aux options de biénergie; évaluer les réseaux thermiques dans les campus et les parcs industriels. Le plan présente les réseaux thermiques comme des actifs stratégiques permettant de réduire les pointes de consommation électrique et de valoriser la chaleur locale.
- Remplacement des combustibles et combustibles à faible intensité carbone : la croissance des bioénergies et de l’hydrogène crée des solutions de rechange pour la chaleur à haute température, les opérations hors réseau ou éloignées et le transport lourd, avec un verdissement progressif du bouquet gazier au moyen du GNR.
- Planification de la fiabilité : les contraintes de pointe sont importantes (couverture additionnelle pouvant atteindre 22 GW d’ici 2050), ce qui fait du stockage sur site, de la production derrière le compteur et des opérations flexibles des impératifs concurrentiels.
- Besoins à long terme : la visibilité et l’ampleur du cycle d’investissement annoncé permettent aux manufacturiers de compter sur la capacité du Québec à répondre à leurs besoins énergétiques à long terme pour planifier des investissements au Québec (par exemple, l’ouverture d’usines ou l’augmentation de la production).
Constats pratiques pour les grands consommateurs d’énergie
- Arrimer les plans d’expansion aux jalons des plans d’approvisionnement et de transport d’Hydro-Québec; sécuriser tôt les réservations de capacité.
- Explorer des ententes d’achat à long terme avec des producteurs indépendants pour l’électricité renouvelable (accord d’achat d’énergie, ou PPA) et le GNR.
- Intégrer l’acceptabilité sociale et les avantages pour la communauté au développement des sites afin de faciliter l’obtention des permis.
Ce que cela signifie pour les entrepreneurs en construction
- Cohérence avec les annonces précédentes : le PGIRE du Québec confirme un signal clair selon lequel d’importants investissements en infrastructures à long terme, et donc des besoins en construction, sont à venir. Cela justifie des investissements dans le développement de compétences de construction pertinentes dans divers domaines liés à l’énergie, notamment l’éolien, le solaire, l’hydroélectricité, le transport et la distribution, ainsi que les installations industrielles.
- Allègement réglementaire et accélération des processus : des modifications législatives et réglementaires seront envisagées afin de s’attaquer aux longs délais observés dans la réalisation des projets.
- Renforcement des chaînes d’approvisionnement québécoises : la volonté de développer les capacités industrielles du Québec afin de répondre aux besoins variés découlant des portefeuilles de projets crée une occasion d’accroître l’approvisionnement local et, par conséquent, de bâtir une chaîne d’approvisionnement plus fiable, résiliente et réactive.